Histoire de Kapelkinger et de Uberkinger, évolution de nom du village.
Comme les noms de famille, l’appellation de Kappelkinger a souvent varié au fil des siècles.
Avant 1150 : Curbera est un alleu du Comte de Werde, Siegebert. (Un alleu est une terre en pleine propriété, à l’opposé d’un fief).
Curbera qui au fil des ans se tranformera en Cungera = KINGER.
Les Comtes de Werde, Seigneurs de Forbach : l’ainé, Siegebert, hérita des vastes domaines situés en Alsace, entre autres les châteaux de Werde (= Woerth, annexe de Matzenheim, et de Frankenbourg au Nord-Est de Sélestat (le mot « Werde » signifie une terre alluviale).
En l’an 1150, Siegebert donne Curbera à l’Abbaye de Wadgassen, avec les dîmes et la basse, moyenne et haute justice. La donation est confirmée en 1179 par le pape Alexandre III.
L’Abbaye de Wadgassen fut fondée en 1135 par Gisèle, la veuve du 1er Comte de Sarrebruck Jean 1er, frère de Siegebert, Comte de Werde. Il s’agissait d’une abbaye de l’Ordre des Prémontrés.
Les Comtes de Sarrebruck donnèrent des biens à cette abbaye. A cette époque les voués (seigneurs laïcs chargés de la défense des biens) étaient les Comtes de Sarrewerden. Par la suite, l’abbaye racheta tous leurs droits. Les Comtes de Sarrebruck furent voués de l’abbaye jusqu’en 1235 et de nouveau jusqu’en 1466. L’abbaye possédait d’immenses biens dans toute la région (Heckenranschbach, Kirviller, Saint Jean Rohrbach…)
A Saint Jean Rohrbach, par exemple, elle avait des biens francs, des sujets et des droits communs avec les Comtes de Puttelange. En cas de décès, l’héritier devait lui livrer l’objet le plus précieux ; un maire, nommé par l’abbaye, devait déclarer les décès chaque année. L’abbaye y touchait les petites dîmes se composants d’oies, de cochons, de lait, de miel d’abeilles, de navets, d’agneaux …
En 1191, le petit-fils de Siegebert III veut résilier la donation de son aïeul mais doit y renoncer après l’intervention de son cousin Henri1er, Comte de Deux-Ponts.
En l’an 1200 Kappelkinger possède déjà une chapelle. (On trouve dans les archives du prieuré d’Insming la traduction allemande faite en 1617 par le vicaire du Val-de-Guéblange, d’une bulle d’indulgence accordée par le Pape Boniface VIII, pour le jubilé de 1300, à la chapelle de Kappelkinger.)
En 1224 l’abbaye de Wadgassen renonce à ses droits sur Kappelkinger en faveur du Comte Siegebert III et de son fils Henri et reçoit en échange la moitié des dîmes à Guéblange. Les cousins des comtes de Werd, c'est-à-dire les comtes de Deux-Ponts, d’Ochsenstein et de Greifenstein, lignes latérales de la maison Sarrebruck-Werd, donnent leur consentement et les Comtes de Werd rentent en possession du Val de Guéblange et du Val de Kinger.
Le Val de Guéblange comprenait au sens strict les villages de Guéblange, de Hazembourg et de Kirviller.
Le Val de Kinger comprenait Kappelkinger, Uberkinger, Wentzviller, Audviller, Steinbach, Schweix.
Thierry, fils cadet de Siegebert III de Werd devient vers 1221 Seigneur de Forbach, fief lorrain, et Seigneur de Guéblange, Rechicourt le Château, et Marimont-la-Petite. Siegebert III meurt en 1228.
En 1225 Thierry offre les châteaux de Guéblange, Rechicourt et Marimont-la-Petite à l’Evêque de Metz et déclare vouloir les tenir dorénavant en fiefs de l’Evêché.
En 1291 les fils de Thierry se partagent leurs biens :
- Henri eut pour sa part Forbach et Guéblange (qui resteront unis jusqu’en 1380) ;
- Son frère Conrad eut Rechicourt et Marimont-la-Petite.
Godefroy, fils d’Henri épousa Agnès de Lichtenberg. Il choisit comme lieu de sépulture l’abbaye de Wadgassen (né en 1298, décédé en 1316). Il laisse un fils Henri II mort en 1332 sans enfant et une fille Marguerite, épouse de Jean d’Apremont, seigneur de Conflans. Marguerite et Jean d’Apremont succèdèrent en 1332 à Forbach et Guéblange.
Jean d’Apremont fut un chevalier très actif qui prit une grande part à la vie politique. Il soutient l’évêque contre les usurpations de la duchesse de Lorraine Isabelle qui avait construit le 1er château de Château-Salins sur les terres de l’Evêché. En 1348 il est chargé de la défense de la ville épiscopale d’Albestroff mais il fut vaincu par Burchard de Fénétrange.
A cette époque, la Seigneurie du Val de Guéblange comprenait au sens strict les villages de Guéblange, de Hazembourg et de Kirviller, mais au sens large, en plus le Val de Kinger cité plus haut.
En 1348 -1349 la peste noire ravagea toute l’Europe. Dans le désarroi général des troupes de bandits infestèrent le pays.
En 1365, Marguerite et Jean d’Apremont engagèrent Guéblange et Kinger. Ne pouvant plus rembourser Marguerite autorisa que le domaine engagé soit racheté par l’Evêché. Celui-çi les réunit au Temporel de l’Evêché à la mort de Marguerite en 1383.
Au Xème siècle l’Evêché de Metz est investi par les Empereurs d’Allemagne des droits comtaux dans l’étendu de son diocèse pour contrebalancer les comtes et ducs laïcs moins dévoués au maintien de l’ordre et de la paix.
Le Temporel comprenait la ville épiscopale, des fiefs, des villes, des villages ou des parties de villages. Dans son Temporel l’Evêque est prince et souverain. Il y jouit des mêmes droits que le duc de Lorraine dans ses propres Etats. Il y promulgue des ordonnances et des lois, fait la paix et la guerre, lève des troupes, bat monnaie, etc…
Pour Metz, la capitale épiscopale était Vic. Chaque principauté se divise en châtellenies et en prévôtés.
Pour administrer le Temporel de Metz il existait 6 châtellenies dont Albestroff. Les administrateurs en était des baillis, des châtelains, des prévôts, des forestiers, des maires, des échevins, des doyens etc…
La châtellenie d’Albestroff dépendait de Vic-sur-Seille, baillage seigneurial de l’Evêché de Metz.
1383 : Kappelkinger fut réuni à la Châtellenie Episcopale d’Albestroff et, de ce fait, son sort lui fut directement lié.
En 1395 le Val-de-Guéblange fut engagé : 1/3 au Comtes de Salm, 1/3 à Rodolphe de Marimont et 1/6 au Duc de Lorraine. Le Val de Kinger resta compris dans les différents engagements de la Châtellenie et ce jusqu’en 1629.
Les conditions de vie de nos ancêtres devait être extrêmement difficile et les paysans se révoltèrent en 1525 : la guerre des rustauds dévasta toute la région. (le prieuré d’Insming (paroisse de Kappelkinger et Uberkinger) fut détruit puis reconstruit plus tard à l’intérieur des remparts de la ville)
En 1629 l’évêque Henri de Verneuil détacha de la Châtellenie d’Albestroff le « Kingerthal », c'est-à-dire exactement :
7/8 de Kappelkinger, Uberkinger, Audviller, Schweix, Steinbach et Wentzviller et en forma un fief dont il investit Louis de Guise, comte de Boulay, prince de Phalsbourg et de Lixheim (mort en 1631), premier époux de Henriette de Lorraine.
Néanmoins ce fief enclavé dans la Châtellenie, bien que détenu par la maison Lorraine relevait toujours de baillage épiscopal de Vic.
La guerre de 30 ans (1618-1648) sévissait en Allemagne et mettait l’Empereur aux prises avec les princes protestants. Richelieu qui gouvernait alors la France soutenait tous les ennemis de l’Empereur allemand, s’allia en 1631 aux Suédois et entra officiellement en guerre en 1635. La conquête de la Lorraine était décidée et le duché fut envahi par des hordes de guerriers impitoyables. La guerre ravagea toute la région alors que la famine sévissait déjà. Des villages entiers sont détruits à jamais et d’autres restent longtemps inhabités. Nos contrées furent dévastées. Extrait de l’état de situation des villages de la châtellenie d’Albestroff après les ravages de la campagne en 1637 : « A Kappelkingen ne résident que Stoffels et Conradt qui à cause de caducité et maladie ne peuvent se retirer ailleurs ; à Überkinger, Wentzviller, Steinbach, Schweix, Audviller et Hazembourg ne réside personne depuis un an ; les villages sont abandonnés. »
En 1648, par le Traité de Westphalie l’évêché de Metz est rattaché à la France et la Châtellenie d’Albestroff passe donc sous la souveraineté de la France comme toutes les autres. L’évêque y conserve ses droits seigneuriaux comme vassal de la France.
Les premières mesures de repeuplement des terres abandonnées après la guerre de Trente ans furent prises par le maréchal Français La Ferté-Senectère, mais elles paraissent davantage destinées à pourvoir aux besoins des troupes d’occupation, qu’à une vraie politique de repeuplement. Celui-ci se fit quelques décennies plus tard avec l’arrivée de colons Suisses, Savoyards, Allemands, Auvergnats, Picards, Bourguignons …
Un rapport du curé Pierre Monsieux, donne le triste état de la paroisse quand il en prend en 1690 (annexe de la paroisse d’Insming), stipule ; « …il n’y avoit qu’une vielle maison délabrée à Kinger ; à Cappelkinger il n’y avoit que 5 vielle maison, tout le finage estoit remply de bois de hautes futés … »
En 1681, François de Grimaldi, 4ème époux et veuf de la princesse Henriette de Phalsbourg-Lixheim, fait ses reprises pour le fief du Kingerthal à l’Evêché de Metz. Ce fief est possédé de 1755 à 1766 par les sires de Helmstatt (seigneurs de Morhange).
En 1697, par le traité de Ryswick la France restitua la Lorraine et toutes les seigneuries réunies au duc Léopold. Mais dans les préliminaires du traité de Vienne en 1735 qui termine la guerre de succession de Pologne, il est décidé que le duc de Lorraine François III renoncera à la Lorraine et recevra en échange le Grand Duché de Toscane à la mort attendue du Grand Duc ce qui arriva en 1737. Le Duché de Lorraine est alors donné à l’ex-roi de Pologne Stanislas Lesszczynski. A sa mort, le 23 février 1766 le territoire se trouve rattaché à la France (excepté le territoire de Créhange qui resta terre d’Empire jusqu’en 1793).
En 1727 Kappelkinger, jusque là annexe de la paroisse d’Insming, est érigé en paroisse de l’archiprêtré de Morhange avec Überkinger comme annexe.
Le 12 décembre 1724 la destruction de la chapelle est ordonnée ainsi que la construction de l’église actuelle, ce aux frais du prieuré d’Insming.
Kappelkinger est érigée en paroisse dédiée à St Jacques en 1727. En 1732 a lieu la construction de l’église de Kappelkinger.
1789 : La Révolution. Jusque là la France était divisée en provinces et en généralités. L’Assemblée Constituante divisa le territoire en départements, subdivisés en districts puis en canton et en communes le 16.11.1789.
En 1790 les communes de Kappelkinger et de Ueberkinger font partie du Canton de Sarralbe, district de Sarreguemines, avec 7 autres communes.
En 1800 la Constitution divise les départements en arrondissements et en 1801 le canton de Sarralbe est réuni au canton de Puttelange (31 communes au total), arrondissement de Sarreguemines.
En 1802 le canton de Sarralbe est rétabli avec 19 communes dont Kappelkinger et Ueberkinger ; le canton de Puttelange est supprimé et les autres communes sont rattachés aux canton voisins.
C’est aussi à partir de 1802 que la paroisse de Kappelkinger fait partie de l’archiprêtré de Sarralbe.
En 1811 le nombre des communes du canton de Sarralbe passe de 19 à 13, six communes ayant été supprimées et réunies aux communes voisines : il s’agit de Castviller, Diffembach, Heckenransbach, Richeling, Audviller et Uberkinger.
A compter de cette date Ukerkinger est une annexe de Kappelkinger.
En 1835 la commune de Richeling est rétablie et depuis cette date le canton de Sarralbe comporte 14 communes.
1871 : Rattachement de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne par le Traité de Francfort (10 mai 1871. Par une loi du 20 décembre est constitué le nouvel arrondissement de Forbach dont nous ferons partie avec le canton de Sarralbe.
1918 : Fin de la 1ère guerre mondiale – Armistice du 11 novembre et rattachement à la France.
1940 à 1944 : Occupation par les Allemands puis officiellement retour à la France le 08 mai 1945.
1er janvier 2001 : avec le canton de Sarralbe Kappelkinger est rattaché à l’Arrondissement de Sarreguemines.
Synthèse (2008) établie par Marie Fernande ZINCK née BETTING, avec pour sources les documents suivants :
" Forbach et son Arrondissement" de Joseph ROHR et " Lorraine&Alsace" par le Lieutenant J.P. JEAN.